about the jeanne sauve foundation

Par Liane Benoit

La Fondation Jeanne Sauvé a été instituée en 1989 par la très honorable Jeanne Sauvé, ex-gouverneur général du Canada, en guise d’héritage à la jeunesse du monde. Elle souhaitait créer un incubateur de leadership grâce à une tribune permanente qui donnerait à des jeunes d’exception l’occasion de se réunir, de faire connaissance et de débattre des grandes questions mondiales de l’heure. En créant la Fondation, Madame Sauvé partait du principe que les aptitudes pour le leadership, comme pour le reste, se doivent d’être mises en pratique et à profit et cultivées si on veut pouvoir les développer. Elle voulait faire en sorte que les participants de la Fondation Jeanne Sauvé soient munis, une fois qu’ils accéderaient à des postes de pouvoir et d’autorité, des connaissances, de la compréhension et des repères plus poussés qui découlent naturellement d’une expérience et d’une exposition internationale.

Ce projet de Fondation est le fruit des expériences que Madame Sauvé a faites comme jeune activiste et leader. Elle s’est installée à Montréal en 1952 pour travailler avec Jeunesse étudiante catholique (JEC) et est devenue en l’espace d’une année la présidente nationale de la section féminine (le coprésident Gérard Pelletier deviendra par la suite un proche ami et ministre du Cabinet fédéral). Elle a été porte-parole et conseillère de JEC jusqu’en 1947. En 1949, elle s’est impliquée activement avec son époux Maurice Sauvé dans la mise sur pied de l’Assemblée mondiale de la jeunesse (AMJ), un congrès international pour la jeunesse associé à la toute jeune Organisation des Nations Unies, et elle a été chargée de promouvoir la coopération et la compréhension parmi les jeunes du monde entier. Maurice Sauvé a servi comme premier président de l’AMJ de 1949 à 1952 et Jeanne Sauvé en a été le premier secrétaire général. À l’époque, elle était adjointe au directeur du Secrétariat à la jeunesse de l’UNESCO.

Par la suite, Madame Sauvé voyagera dans le monde en qualité de ministre, de Président de la Chambre des communes et de gouverneur général du Canada, ce qui lui donnera l’occasion de rencontrer de nombreux anciens collègues de l’AMJ. Elle était convaincue que les relations internationales et l’exposition aux idées découlant de leur participation à des assemblées internationales dans leur jeunesse avaient été un précieux atout pour les leaders qu’ils étaient devenus par la suite. Avec la Fondation Jeanne Sauvé, elle souhaitait donner la même possibilité aux générations futures.

Dans l’allocution qu’elle a prononcée lors de l’inauguration du premier forum pour la jeunesse organisé par la Fondation Jeanne Sauvé, Madame Sauvé a formulé les espoirs qu’elle mettait dans l’œuvre de la Fondation. Il devrait s’agir, selon elle, d’une entité particulièrement ouverte, qui transcenderait les différences culturelles, linguistiques, religieuses, politiques et sociales, et s’adresserait aux jeunes issus de tous les secteurs – monde des affaires, milieu universitaire, partis politiques, sciences, syndicats, arts, agriculture, etc. Elle voulait manifestement attirer des jeunes leaders ayant des champs d’intérêt et des préoccupations très différents, mais elle insistait avant tout pour n’accepter que des participants pouvant aspirer en toute légitimité à ce niveau de représentation élitiste. Le but ultime de la Fondation étant de favoriser le développement du leadership, il allait de soi que seules les personnes ayant montré qu’elles étaient faites pour le rôle en exerçant des pouvoirs au sein de leurs organisations respectives devraient pouvoir bénéficier de cette expérience. Madame Sauvé estimait particulièrement important que ces participants soient exposés à la dynamique des débats internationaux dans leur jeunesse, de façon à être influencés par la diversité des idées, des perspectives et des convictions qui ressortiraient des délibérations tenues librement pendant ces assemblées.

Au moment de définir les objectifs des Conférences internationales des jeunes leaders de la Fondation Jeanne Sauvé, Madame Sauvé a insisté sur le fait que les participants ne soient pas tenus d’en arriver à un consensus sur le sujet débattu ni de canaliser leurs efforts sur la formulation et l’acceptation de résolutions générales. Comme elle a pris soin de le préciser, « la tribune est essentiellement un lieu de rencontre accessible à tous, qui ne doit pas servir à tenir des votes… ni à faire des déclarations finales. La tribune ne devra inhiber personne; elle devra toujours être ouverte à toutes les formes de pensée et d’opinion, et servir à stimuler les esprits et les cœurs des participants ». Elle a défini ainsi la nature expérientielle de son projet : il devrait s’agir d’une tribune dont le seul ordre du jour consisterait à cultiver et à inspirer la vision et le savoir formidables qui découlent inévitablement des expériences tirées d’un profond engagement social et intellectuel dans les questions d’actualité et d’envergure mondiale.

L’intérêt de Madame Sauvé pour le leadership mondial tient en partie à la consternation qu’elle a éprouvée en constatant la piètre réputation qu’avait le leadership politique dans le monde et le dédain quasi universel pour le « pouvoir ». Celle qui avait toujours souhaité occuper des postes d’autorité parce qu’elle estimait que le pouvoir permettait d’influencer et d’introduire des changements positifs dans la société a été profondément déçue par l’idée généralement admise voulant que le pouvoir soit corrompu et que l’ambition politique soit, par extension, suspecte. Elle a fait allusion à cet effondrement de la crédibilité du leadership lors de son allocation d’ouverture à la conférence :

« les leaders dans toutes les sphères d’activité et, surtout, en politique ont perdu énormément de leur crédibilité. Il s’agit d’un phénomène mondial inhérent à la crise d’autorité qui balaie la planète…cette perte de crédibilité s’explique aussi par le manque de transparence d’un trop grand nombre de leaders…

La Fondation ayant pour vocation de favoriser le développement du leadership, Madame Sauvé espérait ainsi redonner à cette vocation ses lettres de noblesse, citant à ce propos Aristote pour formuler les idéaux de leadership qu’elle souhaitait voir promouvoir :

« Un bon leader doit posséder un courage moral qui lui permettra de persuader les gens, de les convaincre et d’agir; il doit avoir une passion qui lui permettra d’obtenir leur soutien enthousiaste; il doit avoir une vigueur intellectuelle qui lui permettra de fonder ses actes sur des motifs solides. »

Outre les attributs de courage moral, passion, vigueur intellectuelle et motifs solides, Madame Sauvé a évoqué le besoin de transparence, en faisant remarquer que « le vrai leader incite les gens à être témoins de ses actes et sait comment créer un climat de confiance entre lui et ceux qu’il administre ». C’est ainsi qu’est né un projet visant à inciter une nouvelle génération de leaders à se tailler une place sur la scène mondiale – un projet qui serait inspiré par les plus grands idéaux, où les idées seraient remises en question par des débats animés et des amitiés seraient forgées par l’expérience commune.

Madame Sauvé est décédée trois ans après le lancement de la Fondation. Son fils Jean-François Sauvé lui a succédé comme président et, de concert avec son épouse Diane de Mailly-Nesle Sauvé et son associé de longue date Harold Sonny Gordon, il en est arrivé à la conclusion que le modèle d’assemblée qui avait si bien réussi aux jeunes leaders de l’après-guerre n’était plus aussi essentiel et distinctif dans une époque marquée par l’avènement des organisations non gouvernementales internationales et des nouveaux médias. Une nouvelle formule a été envisagée afin de promouvoir l’internationalisme et la communication, principes auxquels Madame Sauvé a souscrit sa vie durant.

La Fondation des Boursiers Sauvé a été créée en 2002-2003 dans le but de mettre sur pied et d’administrer une entité distincte : le Programme des Boursiers Sauvé

La Fondation Jeanne Sauvé envisage toujours de développer des initiatives futures et complémentaires en lien avec l’internationalisme et le leadership afin de poursuivre l’engagement de la très honorable Jeanne Sauvé envers la jeunesse du monde.

“Un leader doit rêver de changer le monde.

Il doit avoir une vision inspirée et claire des changements qu’il veut faire et être prêt à y consacrer toutes ses énergies.
De nos jours, la capacité de communiquer ses objectifs est indispensable pour susciter chez des collaborateurs éventuels l’enthousiasme nécessaire à la constance dans l’action.”
— Extrait du discours d’ouverture de la très honorable Jeanne Sauvé à la première Conférence nationale des jeunes leaders,
tenue du 2 au 8 juin 1991